A propos des anticorps antimuscle lisse et anti-actine
L'Agence Française de Sécurité Sanitaire et des Produits de Santé (AFSSaPS) organise depuis de nombreuses années des opérations de contrôle de qualité des analyses de biologie médicale dont l'intérêt n'est plus à démontrer. C'est particulièrement vrai dans le domaine de la sérologie auto-immune où la plupart des techniques ne sont pas standardisées, où les réactifs sont très hétérogènes et où les résultats dépendent d'une interprétation visuelle. Les bilans et les commentaires publiés par les experts de l'AFSSaPS à l'issue de ces opérations de contrôle fournissent aux biologistes une aide particulièrement précieuse pour analyser leurs résultats et corriger éventuellement leur pratique. Ces commentaires sont diffusés, en particulier, sous la forme d'un bulletin adressé à tous les laboratoires participants et dont le numéro 2 date de février 2005. La qualité et la pertinence de ce document sont incontestables. Malheureusement une erreur s'est glissée dans la deuxième « brève » de la page 4, ainsi rédigée :
L'Afssaps a organisé pour la première fois en octobre 2004 un contrôle portant sur les anticorps anti-tissus non spécifiques d'organe (opération 04ATI2). Ces anticorps sont des marqueurs d'hépatopathies d'origine auto-immune. Il est important de différencier les anticorps anti-mitochondries (marqueurs de la cirrhose biliaire primitive) des anticorps anti-muscle lisse (marqueurs de l'hépatite auto-immune de type I) et des anticorps anti-LKM1 (marqueurs de l'hépatite auto-immune de type II).
Il faut rappeler que les anticorps anti-muscle lisse ne constituent pas un marqueur de l'hépatite auto-immune (HAI) de type I. Cette dénomination recouvre une grande diversité d'autoanticorps dirigés contre de nombreuses protéines différentes du cytosquelette. Seuls les autoanticorps anti-actine constituent un marqueur diagnostique de l'HAI de type I. Leur valeur diagnostique n'est d'ailleurs pas parfaite, comme l'a montré une étude récente du GEAI (Autoimmun Rev 2004 ; 3 suppl 2 : 79). Dans cette étude portant sur 168 sérums où des anticorps anti-actine avaient été caractérisés (par immunofluorescence sur HEp-2 colchicinées et/ou par immunodot), 60 % seulement provenaient de patients atteints d'HAI de type I. Les anticorps anti-muscle lisse de spécificité non actine, beaucoup plus fréquents, peuvent être associés à une très grande diversité de pathologies : ils n'ont donc aucun intérêt diagnostique. Lorsque des anticorps anti-muscle lisse sont mis en évidence par immunofluorescence indirecte (IFI) dans le sérum d'un patient, il importe de rechercher des anticorps anti-actine, qui peuvent être caractérisés par IFI ou immunodot. Il ne faut donc pas laisser persister dans l'esprit des biologistes la fausse relation « anticorps anti-muscle lisse = hépatite auto-immune », mais au contraire promouvoir cette démarche de caractérisation des anticorps anti-actine.
Nils Olson