A PROPOS DES ANTICORPS ANTI-GLANDES SALIVAIRES
La présence d'anticorps anti-glandes salivaires a été rapportée à la fin des années 60 chez les malades atteints du syndrome de Goujerot-Sjögren (SGS). En immunofluorescence indirecte sur coupe de glandes sous-maxillaires de singe ces anticorps marquent les cellules épithéliales des canaux excréteurs, mais non les acini. Pendant longtemps les anti-glandes salivaires étaient considérées comme des marqueurs de l'atteinte des glandes salivaires (la xérostomie) caractérisant le SGS. Cependant aucun travail n'a permis d'identifier un antigène spécifique des glandes salivaires reconnaissable par ces anticorps. D'autre part, la prévalence des anti-glandes salivaires dans le SGS est très variable dans les différentes études allant de 10 à 58%.
Les études récentes ont montré que les anticorps anti-glandes salivaires n'étaient en fait que des anticorps naturels réagissant avec les antigènes des groupes sanguins A et B. En effet, l'immunomarquage des canaux excréteurs des glandes salivaires est totalement abolie après adsorption des sérums avec des globules rouges A/B et avec les substances des groupes AB extraites de la muqueuse de l'estomac de bovidés (1).
Les cellules de la muqueuse des glandes salivaires synthétisent et sécrètent des substances glycoprotéiques solubles portant les antigènes des groupes sanguins ABO. Les sujets de groupe sanguin O possèdent des anticorps naturels anti-A et B et chez certains les titres sont élevés (2). Nous avons mesuré sur 21 sérums réagissant fortement avec les canaux excréteurs des glandes salivaires du singe, l'activité anti-A et B par ELISA contre les trisaccharides des groupes sanguins A (GalNaca1-3 Gala2-1 Fucose) et B (Gala1-3 Gala2-1 Fucose). 17 sérums présentaient des titres très élevés d'anticorps soit anti-A (13/21), anti-B (1/21) ou anti-A et B (3/21). Des titres moindres d'anti-A étaient observés dans 5 cas. La réaction avec les glandes salivaires est devenue négative après adsorption avec les globules rouges AB (figure).
En conclusion, il semble que la plupart des anticorps anti-glandes salivaires sont en fait des anti-naturels A et B et ne présentent donc pas des marqueurs pour le SGS.
REFERENCES
1.Goldblatt F. et al : J.Rheumatol 2000 ; 27 : 2382
2. Spalter SH et al : Blood 1999; 93 : 4418
R.L.Humbel