DÉTECTION DES AUTOANTICORPS SPÉCIFIQUES DU SYNDROME AUTO-IMMUN SYSTÉMIQUE PARANÉOPLASIQUE
Le syndrome auto-immun systémique paranéoplasique (en anglais PAMS pour paraneoplastic multiorgan autoimmune syndrome) est une affection rare (moins de 100 cas publiés) qui touche des patients porteurs de tumeurs diverses, le plus souvent d'origine lymphoïde (lymphome malin non Hodgkinien, leucémie lymphoïde chronique, syndrome de Castleman, maladie de Waldenstrom), mais aussi des thymomes, des sarcomes ou des carcinomes du colon, des bronches, du pancréas ou du col.
Il se traduit par des lésions de l'épiderme, des muqueuses et du poumon qui peuvent se compliquer d'infections, d'insuffisance respiratoire ou de défaillance multiviscérale. Son taux élevé de mortalité est largement du à l'installation d'une bronchiolite constrictive oblitérante. La tumeur est souvent occulte lorsque les manifestations cutanéomuqueuses apparaissent.
Sur le plan morphologique, le PAMS se présente comme une dermatose bulleuse avec des lésions érosives douloureuses des muqueuses de la cavité orale et des conjonctives, associées à une éruption cutanée polymorphe constituée de lésions papuleuses, bulleuses et érosives. Ces lésions ne sont pas caractéristiques et peuvent faire évoquer un pemphigus (d'où le terme de pemphigus paranéoplasique longtemps utilisé pour désigner ce syndrome), mais aussi une pemphigoïde bulleuse, en érythème multiforme, un lichen plan ou une maladie du greffon contre l'hôte. Cette diversité des manifestations cliniques est une caractéristique de cette affection.
L'immunofluorescence directe peut montrer des dépôts d'IgG polyclonales au niveau des épithéliums cutané, oral, conjonctival ou bronchique. Plus rarement ces dépôts peuvent être retrouvés dans le muscle, la vessie ou les glomérules rénaux. Ces anticorps peuvent donner trois aspects de fluorescence: marquage épithélial en nid d'abeilles (type pemphigus), marquage linéaire de la membrane basale (type pemphigoïde), et marquage cellulaire homogène (type apoptose). Cette diversité d'aspect correspond à la diversité des cibles antigéniques reconnues: plectine, périplakine, envoplakine, desmoplakines I et II, BPAG1, desmogléines 1 et 3, desmocollines ...
Plusieurs substrats peuvent être utilisés pour mettre en évidence ces autoanticorps dans le sérum. Si la sensibilité de détection est bonne avec le très classique oesophage de singe (85 %), il semble qu'elle soit meilleure avec la langue de souris (100 %). Mais la meilleure spécificité (83 à 99 %) semble être obtenue sur des épithéliums transitionnels en utilisant la vessie de rat (figure), de souris ou de singe. Sur ces tissus, la sensibilité de détection n'est pas excellente (75 %) mais peut être augmentée jusqu'à 90 % en recherchant des autoanticorps fixant le complément (technique en 3 couches).
René-Louis Humbel et Nils O.Olsson (Février 2007)