Dépistage des anticorps anti-Scl-70 par immunofluorescence


La détection des anticorps anti-Scl-70 n'est pas toujours chose facile. L'antigène (topo-isomérase I) est présent en quantité variable dans les préparations d'ENA utilisées en immunodiffusion, et des faux négatifs peuvent être observés. A l'inverse les préparations antigéniques utilisées en ELISA sont plus ou moins pures et peuvent générer des faux positifs. Lors du dépistage des ACAN sur HEp-2, un aspect de fluorescence particulier est parfois observé : un marquage cerclé des nucléoles accompagné d'une fluorescence homogène du reste du noyau est souvent associé à la présence d'anticorps anti-Scl-70. Mais cet aspect est loin d'être constant, et ne permet pas un dépistage sensible de ces anticorps.

Sur les cellules HEp-2000â, un aspect de fluorescence extra-nucléaire particulier est observé avec les sérums contenant des anticorps anti-Scl-70. Ces sérums produisent un marquage réticulé, finement filamenteux, de la périphérie de la cellule (figure), sans qu'il soit possible de préciser s'il concerne la membrane plasmique ou le cytosquelette.

Une étude rétrospective a été réalisée sur 70 sérums contenant des anticorps anti-Scl-70 et provenant des différents laboratoires du GEAI. Ces anticorps avaient été mis en évidence par différentes techniques, et tous les sérums, contrôlés par immunodiffusion double, donnaient une réaction d'identité avec le même sérum de référence. Sur HEp-2000â, 67 ont donné l'aspect de fluorescence extra-nucléaire caractéristique.

Dans une étude prospective complémentaire, des anticorps anti-Scl-70 ont été recherchés dans 18 sérums tout-venant qui présentaient cet aspect de fluorescence. Dix-sept étaient positifs en Ouchterlony et en ELISA, le dernier uniquement en ELISA.

La nature de l'antigène reconnu par ces sérums est inconnue. La très forte association entre cet aspect de fluorescence et la présence d'anti-Scl-70 fait supposer que ce sont ces anticorps qui reconnaissent un antigène extra-nucléaire qui croise avec la topo-isomérase I. Mais on ne peut exclure la possibilité d'un autre anticorps associé. Par ailleurs, deux paramètres techniques conditionnent cette fluorescence. Il s'agit d'une part de l'origine des lames d'HEp-2 : ce marquage extra-nucléaire est beaucoup plus faible, voire complètement absent sur d'autres HEp-2, par exemple celles commercialisées par Bio-Rad, Inova ou l'Institut Jacques Boy. Il est possible que le mode de fixation des cellules soit à l'origine de ces différences de réactivité. D'autre part la dilution des sérums avec l'additif (« diluant sérum ») commercialisé par ImmunoConcepts renforce ce marquage. En l'absence de cet additif, le marquage est nettement plus faible sur HEp-2000â, et totalement absent sur les HEp-2 d'Inova ou de l'Institut Jacques Boy. Cet additif, dont la nature exacte n'est pas communiquée par le fabricant, est probablement un sérum animal. Il est possible que certains composants de ce sérum s'associent à des structures cellulaires et favorisent la fixation des anticorps.

Bien que la structure antigénique reconnue reste à identifier, la reconnaissance de cet aspect de fluorescence extra-nucléaire sur HEp-2000â permet un dépistage sensible et spécifique des anticorps anti-Scl-70.

Nils Olson